La question de la gestion des ordures ménagères dans la capitale camerounaise, Yaoundé, est devenue une problématique majeure de santé publique, de protection de l’environnement et de gouvernance urbaine au Cameroun. Les poubelles qui inondent Yaoundé peuvent avoir des conséquences graves sur la santé des populations. L’accumulation anarchique des déchets ménagers dans les rues, les marchés, les quartiers résidentiels et les espaces publics constitue incontestablement un danger pour la santé des populations.En savoir plus.
« Lorsque les déchets organiques, plastiques, médicaux et autres matières potentiellement dangereuses sont abandonnés sans traitement approprié, ils deviennent des foyers de prolifération de bactéries, de parasites, de mouches, de moustiques et de rongeurs susceptibles de transmettre différentes maladies. Les risques concernent notamment les maladies diarrhéiques, les infections intestinales, le choléra, la fièvre typhoïde, ainsi que certaines affections cutanées et respiratoires. Les eaux stagnantes autour des dépôts d’ordures peuvent également favoriser la multiplication des moustiques vecteurs du paludisme. À cela s’ajoutent les mauvaises odeurs, l’exposition aux fumées toxiques lorsque les déchets sont brûlés à ciel ouvert, les risques de blessures liés aux objets tranchants et la contamination potentielle des eaux destinées à la consommation » explique le Dr Antoine De Padoue Ndemmanu(photo).
Il faut surtout comprendre que les populations les plus exposées sont souvent les enfants, les personnes âgées, les commerçants, les riverains et les travailleurs qui vivent ou exercent quotidiennement à proximité de ces dépotoirs. Les populations de la capitale camerounaise font ainsi face à un problème qui dépasse largement la simple question de la beauté de nos villes : c’est une véritable question de dignité humaine, de prévention sanitaire et de protection du capital humain national.
Les risques environnementaux de ces poubelles
« Les conséquences environnementales peuvent être considérables et parfois irréversibles :Premièrement, les déchets plastiques et autres matières non biodégradables obstruent les caniveaux, les égouts et les cours d’eau, aggravant les inondations en période de fortes pluies; Deuxièmement, la décomposition des matières organiques produit des liquides polluants susceptibles de contaminer les sols et les nappes phréatiques. Les déchets abandonnés dans les cours d’eau contribuent également à la dégradation des écosystèmes aquatiques Troisièmement, les brûlages anarchiques libèrent des fumées et des substances dangereuses dans l’atmosphère. Par ailleurs, les décharges mal contrôlées peuvent produire du méthane, un puissant gaz à effet de serre.Enfin, cette situation dégrade le paysage urbain, réduit l’attractivité économique et touristique de la capitale et contribue à détériorer les conditions générales de vie » explique le Dr Antoine De Padoue Ndemmanu.
Une voie alternative.
Des experts environnementaux estiment qu’il est possible de transformer cette crise en une véritable opportunité économique et en un programme national de création d’emplois.
« Il existe un paradoxe que nous devons avoir le courage de regarder en face : nous dépensons des ressources considérables pour nous débarrasser de déchets qui, convenablement triés, collectés et transformés, pourraient devenir des matières premières pour notre économie. Autrement dit, ce que nous considérons aujourd’hui comme un problème pourrait devenir, demain, une partie de la solution à notre chômage, à notre déficit industriel et à notre dépendance économique » fait observer le Dr Antoine De Padoue Ndemmanu.
Il propose d’ailleurs que le Cameroun passe progressivement d’une économie de ramassage et d’évacuation des ordures à une véritable économie circulaire, organisée autour de la collecte sélective, du tri, du recyclage, de la valorisation énergétique et de la transformation industrielle ». Concrètement, poursuit-il « cette nouvelle approche pourrait permettre – La création de milliers d’emplois de proximité dans la pré-collecte, le ramassage, le tri, le transport et la valorisation des déchets, notamment au bénéfice des jeunes, des femmes et des personnes vulnérables; La création de petites et moyennes entreprises locales spécialisées dans la transformation des plastiques en pavés, en granulats et en autres produits réutilisables dans le bâtiment et les travaux publics; La valorisation des déchets organiques par la production de compost et d’amendements agricoles, afin de soutenir notre agriculture et de réduire notre dépendance à certains intrants importés; Le développement d’unités de transformation et de récupération du papier, du carton, du verre, des métaux et d’autres matériaux recyclables, susceptibles d’alimenter une véritable industrie nationale; La production de biogaz et d’énergie, à partir de déchets organiques appropriés, dans des installations techniquement maîtrisées et respectueuses des normes environnementales ».
Dans cette optique il est question
d’organiser et de professionnaliser les milliers de personnes qui travaillent déjà, souvent dans la précarité et sans protection sociale, dans la récupération des déchets. Vue ainsi, la pré-collecte pourrait être confiée, dans le cadre de conventions transparentes, à des coopératives, des associations et des PME locales, avec des rémunérations encadrées, des équipements de protection et une couverture sociale adaptée. Ce modèle permettrait selon cet expert de « responsabiliser les collectivités territoriales décentralisées, de stimuler l’entrepreneuriat local et de faire émerger une nouvelle chaîne de valeur économique ».
Le Cameroun n’a donc pas seulement besoin de villes propres. Il a besoin de villes productives, de communes économiquement dynamiques et d’une économie qui transforme ses contraintes en opportunités.
Ericien Pascal.













