
Ben Modo, Président Directeur Général de l’entreprise Prime Potomac a accordé une interview exclusive au journal camerounais « Essingan » pour parler de la CAN, des blocages multiples qui hypothèquent la livraison des chantiers dans les delais. Passation des marchés, Rapports avec la présidence de la République, folles rumeurs visant à ternir l’image de son entreprise. Des Ministres épinglés et accusés…Des révélations fracassantes. Lisez et partagez.
Depuis le retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) au Cameroun, le 30 novembre 2019, une certaine fièvre s’est emparée des Camerounais. Notamment de ceux impliqués directement aux préparatifs de cet événement sportif continental de premier ordre. C’est ainsi que le président de la République, Paul Biya a multiplié des séances de travail et audiences notamment avec le Premier ministre, Philemon Yang qui, de son côté n’a pas ménagé d’effort pour explorer les différentes possibilités de poursuites des chantiers. Au niveau gouvernemental justement où la tendance a été à la bataille des chiffonniers, les directives ont été claires: Payer les entreprises sollicitées et poursuivre les chantiers de manière à les achever à l’échéance de mars 2019. Dans cette sorte de redistribution des cartes, l’on n’a pas beaucoup ou pas du tout entendu les entreprises à qui loin des paiements attendus, l’on a opposé les audits. Un choix qui interroge, appréhende et laisse abasourdi. Les prestataires qui restent engagés à leur objectif de tenir les délais, s’interrogent. D’autant qu’elles sont l’objet de tous les fantasmes. C’est le cas de Prime Potomac présenté comme une entreprise du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Pourtant il n’en est rien. Ben Modo son Président Directeur Général s’est longuement exprimé en exclusivité dans les colonnes du journal camerounais Essingan, un Bi-hebdomadaire paraissant à Yaoundé la capitale du pays.
C’est tout d’abord avec déception qu’il dit avoir accueilli la décision du Comité Exécutif de la CAF de retirer l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun.. « Connaissant d’où nous partions il y a un an, et là où nous étions au 30 Novembre, j’ai pensé que cette décision de la Caf était injuste ; notamment parce qu’elle avait été prise 4 mois avant l’échéance fixée par les propres règlements de la Caf. Donc pour moi, j’ai tout de suite su que la Caf venait de faire une grave erreur d’appréciation, en pénalisant le Cameroun. Surtout qu’en tant qu’acteur dans la préparation de cette Can, je savais que malgré les difficultés des derniers mois, l’Etat du Cameroun avait tout mis en œuvre pour relever le défi, et c’était clair que ce défi était sur le point d’être relevé de manière brillante. Donc c’est avec beaucoup de déception que j’ai accueilli cette décision » dit-il. A la question de savoir si les travaux en cours seront terminés avant le 15 Mars 2019 surtout lorsqu’on entend parler d’audits avant toute poursuite des travaux, Ben Modo dit craindre que « certains ne détournent l’agenda présidentiel, pour des intérêts égoïstes. Mais je suis rassuré, parce que le Cameroun n’a qu’un seul Président de la République. C’est lui qui prescrit l’agenda. A partir du moment où l’agenda du Président est connu, les débats devraient prendre fin, et tout le monde devrait se mettre au travail pour réaliser l’agenda présidentiel. En ce qui nous concerne, nous ne nous posons pas de questions. Le Président de la République a ordonné que nous soyons prêts le Jour-dit, et nous le serons. Le reste ne relève pas de notre ressort…Les instructions qui ont été données aux entreprises de la Can sont claires. Il faut livrer tous les chantiers comme prévu » ajoute le Président Directeur Général de Prime Potomac
Interrogé sur le principal argument avancé par les dirigeants de la Caf selon lequel les chantiers n’auraient jamais été livrés dans les délais pouvant permettre l’organisation à la Can 2019 au Cameroun. Argument curieusement admis par le gouvernement lors d’une réunion de crise du Comité central d’organisation présidée par le premier ministre Philémon Yang le 05 décembre 2018, le PDG de Prime Potomac a clarifié la situatioin des chanytiers de dont il a la charge à Garoua : « Je crois qu’il faut faire la différence entre la position officielle du Cameroun, et le mea-culpa d’une poignée de ministres de la République, tous aussi frustrés et déçus par la décision injuste de la Caf. Ce qu’on peut dire en réunion d’autocritique n’est pas forcément une position officielle. Surtout que le Cameroun reste dans la logique d’une livraison de tous les chantiers de la Can avant le 15 mars 2019, qui est le jour fixé par la Caf, comme jour de rétrocession de toutes les infrastructures à la Caf. Pour ce qui est des chantiers dont nous avons la charge à Garoua, nous comptons livrer les stades d’ici la fin de l’année, même si je dois reconnaitre que les blocages des paiements de nos avances hypothèquent la livraison des chantiers à la date que nous nous étions imposés. La même chose peut être dite au niveau des hôtels, où nous comptons livrer « La Bénoué » à l’Etat d’ici fin Janvier 2019, et l’Hôtel des Sports d’ici fin Février 2019. Donc quel que soit le cas, nos infrastructures seront prêtes avant le 15 Mars 2019 comme convenu dit-il.
Et concernant le paiement des décomptes des entreprises en charge des chantiers de la Can, le patron de Prime Potomac attend le paiement imminent des avances qui permettraient à l’entreprise de boucler très rapidement les commandes et de livrer les chantiers à temps. Le dossier est sur la table des différents Maitres d’Ouvrages depuis un peu plus d’un mois déjà, et « nous espérons une résolution rapide de ce volet ; afin de nous permettre de respecter nos délais. Autrement, il faudra se résigner à repousser les échéances… » affirme Ben Modo qui rassure qu‘on aurait une livraison des stades d’ici fin décembre, et des hôtels d’ici fin janvier à Garoua Si les avances sont payées au courant de la semaine comme instruit par le Premier Ministre.
Et lorsqu’on l’interroge sur les rumeurs qui indexent Prime Potomac d’être une société écran du ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh qui lui aurait attribué des marchés de gré à gré, Ben Modo s’explique : « Nous avons proposé au Cameroun, de lui construire 4 stades d’entrainement de classe mondiale, ainsi que deux hôtels quatre étoiles, pour un budget compressé de 26 milliards de Fcfa. L’offre équivalente de la Compétition tournait autour de 35 milliards de Fcfa, soit une économie pour le Cameroun de plus de neuf milliards de Fcfa. Prenez le cas du stade de Coton Sport par exemple, que nous construisons pour 2,5 milliards de Fcfa. Il n’y a, au Cameroun, aucun autre stade d’entrainement de ce standard, qui soit moins cher que nous. Donc ceux qui véhiculent l’idée suivant laquelle nos marchés auraient reçu quelque faveur que ce soit, se trompent lourdement. En décidant de traiter avec Prime Potomac, l’Etat du Cameroun a économisé plus de neuf milliards de Fcfa. Et nous avons toujours soutenu que notre dossier doit son succès, d’abord à son mérite ; et ensuite à l’implication directe de l’Etat américain, qui a porté notre dossier au Président de la République du Cameroun directement.
L’ambassade des Etats-Unis et le département du Commerce américain, ont défendu notre dossier à un moment où personne au Cameroun ne croyait en nous. L’ambassade des Etats-Unis a pris part à presque toutes les réunions de négociation qui ont eu lieu au niveau de la présidence de la République. J’irai plus loin : il y a même eu la rédaction d’une note diplomatique faite à l’attention de la République du Cameroun, par les autorités américaines, pour rassurer le Cameroun, sur les capacités de l’entreprise proposée. A la fin de ces négociations, un procès-verbal a été signé à la présidence de la République, en présence des autorités de l’ambassade des Etats-Unis, qui ont signé ce Pv. Ce que nous disons depuis un an, nous le disons haut et fort à qui veut l’entendre et jusqu’ici, personne ne s’est donné la peine d’aller vérifier, auprès de l’Ambassade des Etats-Unis, ce que nous disons… et pourtant l’Ambassade est ici à Yaoundé. Les gens se contentent de faire des accusations sans fondement, car il semble que c’est plus facile ainsi. La Constitution dans laquelle nous nous sommes construits, ne nous permet pas de penser en termes de corruption, comme certains veulent le faire croire. Car nous représentons une éthique plus grande, et avons donc, une plus grande responsabilité. D’où nous venons, seul le mérite compte. Et c’est pour cela que nous parlons avec liberté et aisance de certaines choses ; sachant que nous parlons des choses que nous comprenons et que nous pouvons faire. Par exemple, nous avons dit ici, il y a un an, que nos pelouses allaient être des pelouses repiquées au standard Coupe du Monde. Certains nous ont ridiculisés en prétendant que nous ne savions pas de quoi nous parlions. Et pourtant, à Garoua, nous avons bel et bien, aujourd’hui, des pelouses de type Bermuda Tiffway, installées pour la première fois en Afrique noire. Pour réussir un tel pari, il fallait faire venir, par avion, ces pelouses, réussir à les installer dans les 48 heures, car ce type de gazon hybride ne se sème pas. Il se repique simplement. L’avantage d’une telle approche était que la compétition étant proche, semer le gazon n’allait pas laisser au gazon assez de temps pour être prêt à la compétition. Il fallait donc repiquer ce gazon, afin de permettre qu’il puisse être prêt plus vite pour la compétition. Nous l’avons dit, et nous l’avons fait, et les résultats sont là aujourd’hui. ». Prime Potomac est d’ailleurs la seule société de construction de cette Can, qui a été publiquement félicitée par les inspecteurs de la Caf et de la Fifa lors de la dernière visite d’inspection, pour la qualité des travaux, la qualité de la pelouse, et la célérité avec laquelle les travaux ont été menés ces derniers mois. L’entreprise a créé plus de 5000 emplois directs dans la ville de Garoua. A ce jour, Prime Potomac utilise plus de 200 fournisseurs locaux. Et malgré les difficultés de paiement ici et là, les dirigeants de cette entreprise se disent fiers de participer à ce grand défi avec eux et attendons d’être jugés par les Camerounais sur le terrain. « Mais comme les détracteurs savent qu’ils ont perdu l’argument de la compétence, puisque nos stades et nos hôtels sont désormais debout et bien, ils s’attardent sur des polémiques stériles pour garder la confusion dans les esprits. Certains vont même jusqu’à créer des blocages pour nous empêcher d’aller au terme de nos travaux. » déplore Ben Modo.
Quand le journaliste Marie Robert Eloundou lui demande ce qui s’est-il passé avec le financement Exim Bank Usa qu’il devait apporter, Ben Modo épingle le Minepat : « Il s’est passé que le Minepat(Ministère de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du territoire) n’a pas été capable de boucler l’affaire avec Exim Bank pour des raisons qui restent étonnantes. Et nous croyons que notre dossier a été saboté de bout en bout au niveau du Minepat. Voici pourquoi je le dis : Le Minepat, c’est quand même la meilleure expertise du Cameroun en matière de financement international. Ce sont des pros, qui comprennent leur travail et le font bien. Ils connaissent les rouages et ont traité des milliers de dossiers financiers, dont plusieurs dossiers directement avec Exim Bank Usa. Ces professionnels connaissaient donc comment porter un dossier à Exim Bank Usa. Sauf que dans notre cas, ces experts ont envoyé, à Exim Bank, un dossier de financement très mal ficelé, avec des erreurs grossières, et, comble de malheur, ils ont envoyé à Exim, un dossier totalement en français, alors que l’anglais est la langue de travail à Exim Bank Usa. Evidemment, Exim a renvoyé le dossier en leur demandant de le traduire en Anglais tout au moins. Alors que Exim Bank attend que le dossier traduit lui soit renvoyé, un directeur du Minepat a plutôt été mis en mission pour aller à Washington, dire à Exim Bank que les contrats de Prime Potomac n’étaient pas réels, et que l’Etat du Cameroun, n’était pas certain du financement de Exim Bank à notre entreprise…Vous comprenez l’astuce. D’abord on envoie un document en français alors qu’on sait qu’il doit être en anglais. Et puis, au lieu de renvoyer le dossier traduit comme demandé par Exim, on va plutôt à Washington pour jeter du discrédit sur le financement qu’on est pourtant supposé trouver pour le Cameroun. Et quand on a réussi de plomber le dossier, on écrit au Président de la République pour lui dire que le financement proposé par Prime Potomac ne peut pas marcher. On a voulu faire croire au Chef de l’Etat que les autorités Américaines qui ont supporté le dossier de Prime Potomac, n’étaient pas sérieuses. C’est pourquoi je vous ai dit que notre dossier de financement a purement et simplement été saboté par le Minepat, qui a ensuite couru dire au Président de la République, que les financements n’étaient pas bons. » revele Ben Modo dans cette grosse interview. Pour lui, « il y a lieu de s’interroger de l’opportunité qu’il y avait à saboter des financements légitimes accompagnés par une volonté forte des Etats-Unis pour les projets de Garoua. Mais en regardant ce qui s’est fait ailleurs, on reste quand même dubitatif sur ce qui se serait passé si les financements avaient été poursuivis avec la même détermination qu’on montre aujourd’hui. Je m’explique: Le stade de Japoma a commencé en Janvier 2016. L’Etat a été obligé de financer le début de ces travaux sur fonds propres, parce qu’il a fallu plus d’un an au Minepat, pour boucler les financements ; alors qu’il était possible de boucler ces financements en 6 mois maximum. A Yaoundé, pour le complexe sportif d’Olembe, la situation était similaire, avec un dossier de financement qu’on a fait trainer inutilement, pendant plus d’un an, jusqu’à ce que le partenaire financier présenté à l’Etat jette l’éponge.
A Bafoussam, on a carrément été incapables de boucler les financements, qui auraient pu être trouvés, si on avait simplement appliqué certaines astuces basiques. A Garoua, pour l’autre grande entreprise de la ville, on s’est retrouvé avec un dossier de financement bloqué, alors que la solution était très simple et aurait dû être prise en compte par les experts du Minepat au moment de ficeler les contrats. Je le dis parce-que j’étais en salle pendant ces pourparlers au Minmap. Dans notre cas particulier, ceux-là mêmes qui avaient saboté notre financement, sont venus par derrière nous proposer des financements Tchadiens ; que nous avons refusé évidement parce-que nous estimions que si vous êtes l’entité qui choisit les financements, vous pouvez prendre sur vous de proposer ces financements de manière officielle, au lieu de nous demander de les proposer à votre place. Un complot contre le Cameroun? Non répond Ben Modo. « Je parle de sabotage des efforts de financements de certains projets de la Can, y compris le nôtre. Et j’ai des éléments précis pour appuyer mon analyse. Je crois que certaines personnes ont très vite fait le calcul suivant lequel un succès de la Can au Cameroun ne faisait pas leurs affaires politiques. Et je ne parle pas forcement de l’opposition. Mais il semble que les fonctions de certaines personnes étaient devenues trop étroites pour leur carrure. Et peut-être que ces personnes ont décidé de forcer la main du Chef de l’Etat, afin qu’il leur permette d’arriver rapidement à ces autres fonctions. Je crois qu’il faut prendre le Cameroun sérieusement, et permettre au Président de la République de développer ce pays comme il l’a entrepris. Il n’y a plus de temps à perdre. » dit-il.
A la question de savoir si Prime Potomac n’avait pas d’avenant lui permettant de poursuivre les travaux, après le changement du mode de financement cité plus haut, le PDG repond que « Nous avons effectivement introduit un avenant, en proposant une réduction du montant du contrat à l’Etat du Cameroun il y a presqu’un an déjà. La réduction s’expliquait par le fait qu’avec Exim Bank, les accords nous auraient obligé à acheter un certain nombre de matériaux et équipements aux Etats-Unis, afin de respecter les quotas. Or, avec le financement direct de l’Etat du Cameroun, nous allions désormais prendre sur place certaines choses qui auraient dû venir des Etats-Unis, si le financement avait été celui d’Exim Bank. C’est donc très logiquement, que nous avons saisi l’Etat du Cameroun, pour lui demander un avenant, qui réduisait le prix du marché, pour refléter la nouvelle donne. Sauf qu’un an plus tard, la signature de cet avenant reste toujours attendue. Nous avons entendu dire que tantôt c’est le Minepat qui devait initier l’avenant puisqu’on parle des questions de financement, tantôt ce sont les Maitres d’Ouvrage qui devaient le faire, tantôt aussi que c’est le Minmap, avec lequel nous avons signé le contrat initial, qui devait le faire. Donc nous restons à l’écoute, mais déplorons toutes ces manœuvres qui visent à fragiliser nos projets, et à entretenir la polémique au sein de l’opinion publique. Cette interview exclusive réalisée par notre confrère Marie Robert Eloundou, est à lire intégralement dans le Bi-hebdomadaire camerounais Essingan
Perin Loire Nzindi avec Ericien Pascal Nguiamba














